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  • Andréanne Tessier inf

La vague rouge


C'est arrivé comme une vague. On la voit arriver de loin, gonflant progressivement en s'approchant. On essaie de se préparer mentalement, de se planter les pieds dans le sable, mais quand elle nous frappe, nos pieds lèvent de terre et on est emporté, rejeté en arrière. C'est comme ça que je me suis sentie cette semaine à l'annonce du passage en zone rouge.


En quelques secondes, comme submergés par un tsunami d'émotion, je nous ai revus au printemps, enfermés dans la maison à jongler avec les horaires pour concilier travail, études du plus grand, développement moteur de la petite, privés de nos "échappatoires" habituels. Quelque chose dans ma nuque s'est alors crispé, puis comme chaque fois que mon cerveau atteint sa limite, mon œil droit s'est mis à sauter. Encore. Comme au printemps, comme pour amplifier cette crainte d'un retour en arrière.


Pourtant je sais que cette fois c'est différent. Je comprends que le gouvernement fera tout pour maintenir les écoles et garderies ouvertes, qu'il y a déjà bien des choses en place qui aideront et cette fois, j'ai une petite idée du temps que durera la vague. Bref, la situation n'est plus nouvelle. Mais surtout, cette fois, je sais que je passerai au travers. Parce que je l'ai fait au printemps et que j'ai survécu.


Mais je suis une maman, inquiète de voir ses petits amours tomber malade, apeurée à l'idée de les faire tester et un peu exaspérée de revoir mon horaire chaque fois qu'ils coulent du nez et que je dois les garder, surveiller les symptômes, justifier leur retour à l'école ou à la garderie. Je suis aussi une fille, inquiète de voir ses parents âgés attraper un virus qui pourrait leur être fatal, mais encore plus d'observer leur moral décliner alors que s'enchaînent les mois d'isolement. Sans pouvoir les aider, de peur d'augmenter les risques qu'ils soient contaminés. Et je suis une entrepreneure, soucieuse d'adapter son offre pour survivre à la crise et préserver le fruit de nombreux efforts. Puis je suis une citoyenne, alarmée par certaines réactions de mes semblables en proie à la peur.

Finalement, je suis inquiète.


Et si parfois j'aimerais fermer les yeux et essayer de me convaincre que tout cela n'est pas réel ou rejeter la faute sur la terre entière, je sais très bien que ça ne changerait rien. Et ce n'est pas ça qui fera disparaître ma raideur à la nuque. Alors je prends une grande respiration et je me concentre sur ce que je peux contrôler. Je réduis au maximum ma charge mentale, j'écoute les signaux que m'envoie mon corps et je m'efforce de rester ici et maintenant. Parce que si je sais que l'automne sera long, je suis certaine qu'il me sera plus doux si je surf sur la vague que si je la prends de plein fouet.


Puis quand j'ai l'œil qui saute, je n'attends pas. J'enfile mes souliers de course ou j'enfourche mon vélo et je fonce droit devant jusqu'à ce que j'aie évacué toute l'énergie libérée par le stress accumulé. Et ça me fait beaucoup de bien.

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